Translate

6 oct. 2009

Quel Business Model pour sauver la Presse ?



Je viens de visionner une vidéo (découpée en série) très apprenante sur le site du Figaro . Il s’agit d’un débat sur le thème : Quel nouveaux Business Model / modèles économique pour la Presse ?

Afin de vous faire gagner du temps et de faire ressortir les informations principales de ce débat entre : Bertrand Gié (Directeur délégué des Nouveaux Médias du Figaro), Laurent Mauriac (Directeur général de Rue89), Jean-Luc Marty (Rédacteur en chef de Géo Magazine) et Nicolas Boutet (Président de Wedia)

J'ai relevé les points essentiels de cet échange ci dessous puis je soulève les quelques enseignements qu'il me semble important de retenir.



---------------------------------------------------------------------------------

Quel nouveaux Business Model / modèles économique pour la Presse ?

M. Figaro : Revenu issus du Print baissent ces dernières années => tout en renforçant les « core compétences » (papier) on met en place une diversification de nos activités


M. Rue 89 : Métaphore du trapéziste : la presse traditionnelle quitte le 1e Trapèze qui ne permet plus de rentabiliser son activité mais qui n’a pas encore attrapé le 2e et donc se retrouve un peu en l’air
=> Rue 89 a attrapé directement le 2e Trapèze qu’est le numérique et le défi de mettre en place un modèle économique :

- on a réussi à un mettre en place un modèle journalistique basé sur le participatif et à fédérer une audience

- pour le modèle économique : On innove sur le format des publicités pour lutter contre la baisse des prix des espaces pub (leur concpet : Le Mur des petites annonces) ; Parallèlement on développe des activités complémentaires (formation, développement de sites Web)



M. Géo : Développer la complémentarité Web et Magazine :

- pour le Web on mise aussi sur le contributif notamment au niveau de la photo-communauté ; on développe le web reportage financé par du Mécénat

- pour le Papier gros on travaille sur le contenu (on pense qu'au niveau de la presse Magazine on est plus sur une crise de l’offre que de la demande) et on mise sur l’abonnement



M. Wedia : On n’est pas dans une crise de la demande car les gens consomment de plus en plus de l’information Il y a peut-être même trop d’offre ce qui rend difficile de faire remonter la qualité.
=> nécessité de faire la preuve de sa qualité ( marque?)

Cette multiplication des sources de contenus entraine une multiplication des espaces publicitaires dispersant ainsi les budgets publicitaires et réduisant la rentabilité

=>Nécessité de qualifier l’audience


L’animatrice évoque d’abord la possibilité d’un mix contenu gratuit contenu/payant (comme le fait Libération) appelé souvent modèle Freemium (Free + Premium).

L’un des Intervenant (M. Rue 89) met en évidence un piège à éviter :

« Souvent c’est quand on voit qu’on ne gagne pas sa vie avec le gratuit donc on veut faire du payant mais on ne se demande pas si l’internaute est prêt à payer ; or la gratuité est devenu la règle/norme sur Internet et il va être difficile de revenir en arrière»

Il ajoute une remarque intéressante : « avec Internet on est dans une logique de concurrence différente du papier ! Avec l’hypertexte on est plus dans une logique d’échange et on a intérêt à se renvoyer mutuellement du trafic (en se citant les un les autres) et dans ce contexte le modèle payant n’est pas la panacée »



M. Figaro : On fait tous le pari qu’en « créant du contenu de qualité on créera de l’audience et qu’un jour on arrivera à monétiser cette audience ». (n'est pas sans rappeler mon billet intitulé "quand réfléchir au business model de son service ?")

Avec les sites communautaires, les sites d’informations sont ceux qui ont le plus augmentés ; les sites de marques sont ceux dont l’audience à le plus augmenté : besoin de reconnaissance et crédibilité de l’information


Mais le souci c’est que l’offre est supérieure à la demande d’espaces publicitaires donc les prix ne remonteront pas, c’est structurel. Il faut trouver d’autres models et l’idée de faire payer l’internaute au final en est une !



Animatrice : Inversement d’autres comme Backchich viennent du web vers le papier… est-ce que le papier est l’avenir pour le web ?


M. Rue 89 « ; le papier est quelque chose de statique avec des bouclages etc.. le Web ont peut revenir dessus, c’est du flux, on peut intégrer du multimédia => la rédaction papier et la rédaction web sont 2 métiers différents »


M. Géo « à l’intérieur du papier on ne peut pas comparer un quotidien et mensuel… il faut réfléchir au sens ce qu’on fait : le rapport au temps de l’information n’est pas du tout le même » …

Au-delà de ça sur un magazine l’intérêt en termes de ressource publicitaire se sont les valeurs : on peut renouer avec l’annonceur au travers de valeurs communes entre l’éditeur et l’annonceur (ex : Danone nous intéresse plus que les pots de yoghourts)



M. Wedia :

Il peut y avoir une vrai complémentarité entre le Web et le papier : avec certes 2 équipes distinctes mais qui mutualise des ressources et le contenu.
Le papier crédibilise ?

M. Figaro :

C’est surtout la marque qui renforce la crédibilité, pas tant le support papier !

Métier différents même si le fond, la matière 1ere est le même. Il y a intérêt à tisser des passerelles entre les 2… les rédactions travaillent dans le même sens, sont au même étage…

=>L’herbe semble souvent plus verte dans le pré d’à côté : les journaux ont longtemps cru que le salut était dans le Web et maintenant des sites voient dans le papier une solution.


M. Rue 89

Il y a une vrai motivation pour faire un journalisme plus riche enrichi par le collaboratif ! Ce n’est pas le cas de tous les Journaux dont certains ne vont sur le Web car ils considèrent qu’ils ont un couteau dans le dos.

M. Figaro

Le web permet de donner à l’instant t l’information la plus pertinente y compris en envoyant sur le site de ceux qu’on considère habituellement comme des concurrents.


M. Wedia :

Pourquoi ne faites vous pas payé du contenu lorsqu’il est exclusif (exemple du décompte des voix lors de l’élection du PS) au moyen d’une plateforme de micro-paiement permettant de payer de façon « simple indolore » ?

Rue 89 :

On n’a pas cette plateforme à l’heure actuelle ! (n'est pas sans rappeler la récente annonce de Google : Google veut sauver la presse grâce au micropaiement)


Figaro : Certes il faut des outils, il faut aussi que l’internaute qui petit à petit s’habitue à du contenu payant, le mobile peut-être une façon de re-monétiser, de faire reprendre conscience de la valeur ! L’iphone est un exemple très vertueux dans le domaine…


Animatrice : Quelle vision de la presse dans 5-10 ans ?

M. Figaro


Pour nous le Figaro restera central car c’est lui qui porte la marque et tout ce qu’on fait en complémentarité se fait autour de cette marque. Élargissement de l’univers de la marque : web-serviciel , intermédiation, produits dérivés).

Rue 89

L’avenir est la co-production d’information avec l’internaute



M. Wedia :

Un avenir positif car la Presse possèdent 3 actifs mais qu’il faut travailler :


- Le contenu => il faut réussir à innover pour émerger parmi toutes les sources de contenu, faire du contenu de qualité, qualifié et contrôlé

- L’audience la marque => mieux connaitre son audience et mieux la ségementer

- La marque => l’exploiter pour la rentabiliser au travers de services produits/services complémentaires



M. Géo :

De nouvelle formes de contenus tant sur le Web que sur le papier , ex : « mixte entre fixion et reportage ? » =>un nouveau business model basé sur des nouveaux contenu

---------------------------------------------------------------

CE QU'IL FAUT RETENIR

Cette vidéo fait donc bien ressortir les problématiques actuelles du secteur de la Presse (et d’autres secteurs d’ailleurs) :


  • PB1 : Prolifération du contenu (et particulièrement du contenu gratuit sur internet)

  • PB2 : Explosion du nombre des espaces publicitaires (et donc dispersion des budgets des annonceurs)

  • PB3 : Propension à payer des internautes très limitée (voire nullle)

Mais elle m’a surtout plu car pour une fois, on sent bien que la solution passe par un travail sur les différentes composante des Business Models ce qui signifie certes réfléchir :

  • sur de nouveaux modèles de revenus (l’une des 4 composantes d’un business model) : micropaiement ? Freemium?

… mais pas seulement ! Cela signifie aussi réfléchir aux autres composantes d’un Business Model, c'est-à-dire :



  • sur l’offre ou proposition de valeur

§ adressée à l’internaute : de nouveaux contenus, de nouveaux supports (tel...)

§ adressée au tiers payeur : Nouveaux formats publicitaires ? Mécénat ? Publicité de notoriété plus que publicité produit ?




  • sur le réseau de valeur : ceux qui étaient autrefois des concurrents peuvent être désormais des Complementors / partenaires ; il est nécessaire de se diversifier ….


  • Cela a un impact sur les compétences et capacités stratégiques nécessaires : il faut connaitre son audience, savoir la segmentée, développée l’interactivité avec les internautes…

En conclusion, on peut dire qu’il y a 2 moyens d’assurer la gratuité d’un produit pour un consommateur A :

  • Soit en lui offrant je parie sur le fait qu’il achètera un produit B complémentaire (ex : du rasoir et des lames ; de l’imprimante et des cartouches) : c’est l’idée du Freemium et même de la vente de produits dérivés
  • Soit en lui offrant ce produit je pense pouvoir créer de la valeur pour un Agent B qui lui subventionnera A . Dans ce cas les externalités de réseaux sont croisées et je raisonne en terme de marché biface (=> c’est le cas de la publicité) => dans ce cas je ne peut pas me pas contenter d’innover pour une seule des faces de mon marché en omettant les utilisateurs ou les payeurs dans ma réflexion stratégique…

Enfin, je constate que la Presse Française commence a avoir une Vision stratégique de plus en plus claire : avec un bon accompagnement et en évitant de se jeter trop rapidement dans les bras de Google elle a peut-être encore un avenir très prometteur ^^


Bookmark and Share


Ce billet vous à plu? Pensez à vous abonner au flux RSS



6 commentaires:

rom1 a dit…

Une initiative intéressante : des cartes prépayées pour acheter la presse quotidienne à prix cassés

rom1 a dit…

A voir aussi : Google ne croit pas au journalisme de marque

rom1 a dit…

A voir aussi : La rétention d'informations un modèle économique ?

romm1 a dit…

A lire : Gagner de l'argent avec de l'information sur Internet c'est compliqué mais le figaro sait faire

Xavier a dit…

Bonjour,

Très bel article!
J'aurais aimé savoir ce que vous entendez-vous par marché biface?
Savez-vous si la presse utilise la chaîne de valeur pour augmenter l'attrait des lecteurs?

Merci beaucoup de la réponse!

Bien à vous,
Un nouveau lecteur!

Romain Parent a dit…

erci Xavier et bienvenue ^^

J'ai déjà défini ce qu'on entend par marché biface de façon détaillée ici : http://site-communautaire.blogspot.com/2008/05/un-site-communautaire-un-march-multi.html

En résumé il s'agit d'un marché sur lequel se côtoient deux catégories d'agents et où on observe des externalités de réseaux croisées entre eux non forcément réciproques et parfois contraire.
Autrement la présence de la catégorie B entraine une propension à payer supérieure à mesure que des agents de la catégorie A rejoignent la plateforme.

Le cas qui illustre le mieux cette réalité pour la Presse est la Publicité : plus il y a d'agents A (les lecteurs) plus la propension à payer pour les agents B (les annonceurs) est forte : externalité de réseau croisée positive. Ces annonceurs vont pouvoir "subventionner" la Presse en tout ou Partie pour permettre aux lecteurs de payer moins cher.
Inversement trop de publicité va faire fuire les lecteurs : externalité de réseau croisée négative.

Related Posts with Thumbnails

Derniers Commentaires